CFP - Lire le paysage: perception, interpretation, appropriation - 20 février 2023

2022 CFP JE Paysages Tableau Turner

Journée d’étude doctorale

Lire le paysage : perception, interprétation, appropriation

Lundi 20 février 2023

Université Bordeaux Montaigne

(ill. J. M. W. Turner. Rain, Steam and Speed – The Great Western Railway (1844). Oil on canvas, 121.9 x 90.8 cm. National Gallery, London, UK)

Le paysage peut être compris dans son premier sens comme étant constitué d’un ensemble d’éléments visibles dans un lieu donné. Définir un paysage nécessite d’établir un point de vue et un cadrage, posant ainsi la question du regard et de la subjectivité. Le géographe français Georges Bertrand définit le paysage comme une “interprétation sociale de la nature”, le paysage étant à la fois une réalité concrète et symbolique. Or, les différentes interprétations d’un même lieu peuvent amener à une divergence dans les rapports à celui-ci. Les agissements qui découlent de chaque interprétation peuvent être complémentaires ou conflictuels.

Chaque perspective met en avant la sensibilité du sujet percevant : les croyances implicites, qui forment une pensée plutôt qu’une autre, peuvent s’y révéler. Nous pouvons nous interroger sur les frontières entre perception et projection (et le brouillage de cette frontière). Par ailleurs, nous sommes intéressés par ce qui arrive dans le cas de « choc de perceptions ». Par exemple, dans le problème de l’exotisme, nous pouvons penser à l’opposition que repère Bertrand Westphal (initiateur de la géocritique) entre point de vue « exogène » et « endogène » (La Géocritique 208), le premier désignant le regard de celui qui n’appartient pas au lieu et le second, celui de l’autochtone. On prêtera plus d’autorité à l’un ou l’autre selon l’époque, et selon les circonstances. Westphal définit aussi le point de vue « allogène » pour celui qui s’intègre à un nouveau paysage au point où celui-ci ne lui est plus exotique, sans pour autant lui être pleinement familier. Les entre-deux et va-et-vient peuvent être des processus dans lesquels nous pouvons observer un espace en tension.

De la subjectivité inhérente de la lecture du paysage émergent donc des questions auxquelles nous souhaitons répondre en abordant les multiples thématiques qui touchent à la notion de paysage. En effet, par ce projet, nous voulons explorer le rôle du regard, du sujet, dans la compréhension d’un paysage : l’humain est à la fois sculpteur de son environnement et sculpté par lui. Nous souhaitons explorer cette dynamique double et les oscillations entre ces deux procédés.


La notion de paysage devient également centrale lorsque l’on évoque le territoire. Et notamment, dans le cadre de la colonisation, l’opposition de la perception de deux spectateurs, autochtones et colons, vont s’opposer, ou parfois se superposer. C’est cette divergence de perceptions qui met finalement en lumière l’importance du rôle du lecteur/spectateur dont l’appartenance religieuse, sociale et/ou politique va venir redéfinir l’interprétation d’un paysage. De cette redéfinition, l’appropriation du paysage deviendra un moyen pour le dominant d’asseoir son pouvoir en effaçant la lecture du dominé et s’inscrit donc dans un jeu de pouvoir.


Enfin, le terme de paysage pourra aussi évoquer des associations plus atypiques et nous encourageons les propositions qui interprètent (et s’approprient) la notion de paysage de manière inattendue. On pourra, par exemple, penser au paysage industriel ou urbain mais aussi au paysage linguistique, au paysage sonore, au paysage social et bien d’autres.


Cette journée d’étude doctorale sera l’occasion, grâce aux contributions de jeunes chercheuses et chercheurs de différentes disciplines, d’établir ensemble une compréhension interdisciplinaire et plus approfondie de la notion de paysage et d’établir son intérêt comme objet d’étude.


La journée d’étude se tiendra le lundi 20 février 2023 à la Maison de la recherche de l’Université Bordeaux Montaigne. Nous invitons des propositions pour des communications de 20 minutes, en anglais ou en français, émanant de toutes les disciplines. Les propositions, de 200 mots environ et accompagnées d’une demi-douzaine de mots clefs et une courte présentation biographique, sont à envoyer à Cette adresse e-mail est protégée contre les robots spammeurs. Vous devez activer le JavaScript pour la visualiser. et Cette adresse e-mail est protégée contre les robots spammeurs. Vous devez activer le JavaScript pour la visualiser. avant le vendredi 25 novembre 2022. La décision du comité sera communiquée le lundi 5 décembre.



Bibliographie indicative
AUGE, Marc, L'impossible voyage le tourisme et ses images, Paris, Éd. Payot et Rivages, 1997.

BACHELARD, Gaston et HIERONIMUS, Gilles, La Poétique de l'espace, Édition critique., Paris, PUF, 2020.

BERTRAND, Georges, Le Paysage entre la nature et la société, Revue géographique des Pyrénées et du Sud-Ouest, 1978, volume 49-2, pp. 239-258.

DELEUZE, Gilles et GUATTARI, Félix, Capitalisme et schizophrénie [2] Mille plateaux, Paris, Les Éditions de Minuit, 1980.

MIDDLETON, Peter et WOODS, Tim, Literatures of Memory: History, Time, and Space in Postwar Writing, Manchester University Press (Royaume-Uni), 2000

RODAWAY, Paul, Sensuous Geographies: Body, Sense and Place, Londres, Routledge, 1994.

TUAN, Yi-fu et PEREZ, Céline, Espace et lieu la perspective de l'expérience, Gollion, Infolio, 2006.

WESTPHAL, Bertrand, La Géocritique : réel, fiction, espace, Paris, Les Éditions de Minuit, 2007.