‟Hard words and hard blows”: Réflexions sur l’éducation à la sociabilité citoyenne par la boxe à l’époque révolutionnaire - Kimberley Page-Jones

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Résumés

Français :

La « transformation de la foule en peuple » devient à l’époque révolutionnaire (1790-1815) un véritable enjeu débattu dans les clubs de discussion populaires ainsi que ceux des classes les plus aisées, dans les pamphlets, sermons, romans et recueils de poèmes. L’enjeu de l’amélioration humaine se situe dans le contrôle des passions et leur canalisation par la raison. Toutefois, comment faire converger les passions du peuple vers la formation de valeurs citoyennes, et plus particulièrement le petit peuple, lorsque celui-ci ne possède pas les dispositions intellectuelles nécessaires pour distinguer dans la presse ou dans les sermons le vrai du fallacieux ? Le débat médiatique et politique autour de la boxe nous donne quelques éléments de réponse. Certains réformistes voient en ce sport de combat un formidable vecteur de socialisation politique et citoyenne. Car cette pratique, comme le souligne le journaliste sportif Pierce Egan, a cette capacité d’agir par le principe de la sympathie à la fois sur le corps en le revigorant et sur l’esprit en inculquant « ces principes de générosité et d’héroïsme » qui caractérisent et distinguent la nation anglaise. La « fancy »—le nom donné à la communauté qui s’agrège autour du ring de boxe—est ainsi érigée dans certains discours politiques comme prototype d’un fonctionnement social agonistique qui valorise le conflit tant qu’il est orchestré par des règles car il permet la « libération contrôlée des émotions », essentielle en temps de paix, et la transmission des valeurs fondatrices d’une anglicité virile et conquérante. Cet article se propose d’examiner le rôle joué par la convergence des discours politiques, sportifs et médicaux dans la formation d’une idéologie sportive nationaliste, en laissant le mot de la fin à l’essayiste Hazlitt pour une autre conception du patriotisme.

Anglais:

« Turning the crowd into a people » becomes a major issue during the revolutionary period (1790-1815) debated in plebeian and patrician societies, in pamphlets, sermons, novels and collected poems. The control and channeling of passions by reason is seen as a prerequisite for human improvement. But how can the people’s passions, and more specifically the mob’s passions, be harnessed for the formation of civic values if they do not have the necessary intellectual faculties to distinguish between truth and error in newspapers or sermons? Media and political debates on prize-fighting provide us with a few interesting clues. At that time, some reformists believed that boxing could be a formidable instrument for the political and civic socialization of the people. As journalist Pierce Egan underlined, this practice could affect sympathetically both the body and the mind, reinvigorating the corporal frame while educating the mind to “those principles of generosity and heroism” that characterize and elevate the English nation. In some political discourses, the “fancy,” the name given to the social group that gathers around the boxing ring, is posited as the prototype of a social group that operates agonistically and values the conflict as long as it is channeled by rules; this indeed allows the “controlled liberation of emotions,” considered as essential in times of peace, and the transmission of the founding values of a manly and conquering Englishness. This article will examine the role played by various political and medical discourses in the formation of a nationalist sporting ideology and will conclude with Hazlitt’s advocacy of another form of patriotism in his essay “The Fight.”

 

Auteur

Français :

Kimberley Page-Jones est maître de conférences en études britanniques à l'université de Bretagne occidentale et membre du laboratoire HCTI (Héritages et Constructions dans le Texte et l'Image). Elle a publié une monographie et plusieurs articles sur les carnets de Coleridge (Energie et mélancolie. Les entrelacs de l'écriture dans les Notebooks de S.T. Coleridge, UGA, 2018). Elle est membre du GIS Sociabilités et coordonne actuellement le projet H2020 DIGITENS sur la sociabilité en Grande-Bretagne et en Europe au cours du long dix-huitième siècle. Elle travaille actuellement sur les écritures et représentations de la sociabilité dans les récits des voyageurs—femmes et hommes—anglais (période révolutionnaire). Elle a co-édité quelques ouvrages sur le sujet de la sociabilité et est membre du comité éditorial de l'encyclopédie numérique DIGIT.EN.S.

Anglais:

Kimberley Page-Jones is senior lecturer in British studies at the university of Western Brittany and a member of the research group HCTI (Héritages et Constructions dans le Texte et l'Image). She has published a monograph and several articles and chapters on the notebooks of S.T. Coleridge (Energie et mélancolie. Les entrelacs de l'écriture dans les Notebooks de S.T. Coleridge, UGA, 2018). She is a member of the GIS Sociability and the principal investigator of the H2020 project DIGITENS on British and European sociability in the long eighteenth century. She is currently working on the representations of sociability in the travel writing published during the revolutionary period. She has co-edited a number of volumes on the topic of sociability and is part of the editorial board of the digital encyclopaedia DIGIT.EN.S.

 

Entrées d’index

Mot-clés : boxe, Cobbett, effémination, fancy, Hazlitt, imagination, patriotisme, sociabilité, sympathie

Keywords: Cobbett, effeminacy, fancy, Hazlitt, imagination, patriotism, prize-fighting, sociability, sympathy